histoire # 17 (j’veux lécher tes seins)

Vendredi de nuit passé c’était une belle soirée c’était drôle, pareil. Il s’est passé pas mal de trucs et là il faut que j’écrive une nouvelle histoire de péripéties à La Banquise.

Alors c’est ça. Il faisait chaud mais un peu frisquet vers la fin; la terrasse était ouverte bien évidemment. J’étais hôtesse avec Mélanie. Il y avait Yohan et Julie à minuit dans la grande salle, pis Samuel avec Aurélie dans la petite salle, plusse la terrasse. Et Élise au take-out.

Ce soir là y’a eu plein de gens connus ou bien que je connaissais qui sont venu manger. Y’a eu Guy Jodoin dans la petite salle lui quand il parle il est tellement expressif il a des yeux qui on dirait vont lui sortir de la face. Y’a eu un gars qui s’appelle Michaël lui c’est un gars avec qui j’ai étudié en arts plastiques au cégep du Vieux je lui ai dit allo on s’est reconnu il habitait à Repentigny aussi sûrement comme moi avant. On est rendu au round cinquante-quatre à Draw Something lui pis moi on est hot. C’est mon record. Y’a eu mon ami Gautier il est gentil il a pris une poutine Mart comme je lui ai conseillé parce que c’est ma pref. J’ai pris ma pause avec lui dehors. Y’a eu ma cousine Mélissa avec son chum Simon et tous leurs amis. Et aussi y’a eu Rufino et Ibrahima qui ont mangé à la cent cinquante.

Bon alors ça c’est tous les gens que j’ai vu. Maintenant il est arrivé quelque chose de wierd mais Élise dit que ça s’est passé aussi la semaine passée moi j’étais pas au courant encore mais je m’en suis rendu compte assez vite. Ok. Y’a un espèce de pervers qui appelle à La Banquise la nuit et qui dit des affaires… Un moment ça sonne, je répond et une voix vraiment basse et dégueu me bafouille quelque chose, un son horrible et baveux: «J’veux lécher tes seins.» Mon premier réflexe, ça a été de raccrocher immédiatement. Puis ça rappelle deux secondes après: «J’veux lécher tes seins.» J’ai tout de suite raccroché encore. Ark! Vraiment?

À part de ça sinon ça a vraiment juste été une soirée ou on riait, on avait du fun. Avec Aurélie on chantait une toune des Jackson Five que j’sais pas le titre mais qu’est bonne. Aussi y’a de la guacamole qui a tombé sur son soulier alors qu’on vidait les assiettes dans la poubelle et ça faisait un rond parfait vert sur son soulier bleu marine et c’était beau on l’a regardé on s’est fait un genre de sourire avec trop de dents et on riait pas on faisait juste d’être crampée sans qu’aucun son sorte de notre bouche parce qu’on trouvait ça pas drôle mais drôle en même temps. Avec Aurélie j’ai des moments de même, vraiment pas rap. Aussi y’a un gars à une de ses tables qui lui a demandé si on était soit des soeurs ou ben des cousines ou de quoi. Elle lui a dit qu’on était des soeurs onnnnn ma belle Aurélie. Et aussi une fois dans la soirée je lui ai dit de quoi vite et elle a mal compris et ce qu’elle a compris c’était vraiment hilarant alors on a eu un fou rire en avant proche de la plonge c’tait drôle. Parce que j’ai pris des Advils pour muscles avant d’aller travailler, quelque chose de ben fort parce que j’avais mal au dos, pis on riait avec ça parce que je disais que j’tais droguée (mais comme vraaaiiimmmeeennnttt pas vrai là genre style tsé je niaise trrrrooppp là hhaann pas rap) pis un moment j’ai imité à Aurélie elle-même qui me dit: «J’veux tes pilules.» et elle a compris: «J’veux t’épiler.» En tout cas on a ben ri. HAHAHA.

Sinon un moment qui me donne toujours autant de frissons: les manifestants qui passent sur Rachel juste devant La Banquise. C’est la deuxième fois que ça arrive lorsque je travaille. Et à travers les vitrines du restaurant je fige en regardant cet attroupement de gens qui marchent par milliers, qui prennent toute la largeur de la rue. Et on arrive à entendre les messages de revendications qu’ils crient dehors malgré la musique du restaurant les ustensiles les assiettes les Banquilleurs souls qui parlent, rient, tombent à terre… Moi je suis là avec mes menus dans une main, un verre dans l’autre, mes clients qui me suivent en arrière mais je reste plantée là. Je ne bouge plus. Ça me fait de quoi, les manifestants, la police, et ceux avec leurs matraques, on dirait qu’on est pas ici; je ne suis plus une serveuse, je n’ai plus de clients à aller asseoir à une table, on est plus là, on est pas au Québec. C’est vraiment bizarre. J’aimerais ça que tout s’arrange, j’aimerais ça que ça soit la paix, mais il faut se faire entendre. On vous voit passer, pis vous vous en rendez pas compte, mais on part la toune Libérez-nous des libéraux dans le resto. On vous encourage comme on peut de l’intérieur. D’ailleurs elle joue plus que jamais de ces temps-ci. Comme plein de tounes aussi des Cowboys Fringuants.

Et vers quatre cinq heures du mat comme d’hab le restaurant se vide tranquillement. Et le ménage. Le balais en porc-épic. L’eau de la moppe sale oui il faut changer l’eau non personne veut le faire.

Et samedi après-midi moi qui va à la pharmacie et qui se fait reconnaître par la caissière. «Tu travailles à la Banquise toi hein?»

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